Le Boeing est maintenant immobilisé. Un sifflement
de plus en plus strident se fait entendre. Le râle des réacteurs
se stabilise et le pilote lâche les freins. L’oiseau bondit,
il roule crescendo… Jamais je n’ai ressenti une telle
accélération. Il faut dire que la vieille 204 de mon père
n’est pas très puissante. Tranquillement le nez de l’appareil
s’élève. Les passagers avant sont en train de voler
alors que nous, à la queue, on se rapproche du sol. Partira,
partira pas ? Qu’est-ce qu’on fout dans cette position
? Il y a un angle de quinze degrés par rapport au sol.
Je suis sûr que le pilote est bourré et que l’on va se viander.
Au bout d’un court instant, je me jette sur Jean-Yves
pour regarder par le hublot. Qu’est-ce que c’est que ce
bordel ? Je vois la terre penchée, non seulement dans le
sens longitudinal mais aussi dans le sens latéral. Pourtant
je n’ai pas l’impression de tomber vers le sol. Je n’arrête
pas de remuer sur mon siège.
– Arrête un peu ton cirque, me dit Michel.
– Mais pourquoi la terre est-elle penchée ?
– Parce que, quel que soit l’angle pris, la force centrifuge
annule l’apesanteur, ce qui fait que, pour nous, l’horizontale
est matérialisée par le plancher de l’appareil.
Je n’ai rien compris, mais je dis :
– Ah bon!
Rien qu’à voir la tête de Jean-Yves, je suis sûr que lui
aussi se pose des questions sur les capacités de l’équipage.
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